25.09.2009

Et la pluie tombe...

Et la pluie tombe, fine et brumeuse.


Les rues sont désertes d'être humides et ses talons sur le pavé n'en résonnent que plus violemment. Plus que souhaité. Elle espérait pouvoir échapper à la vigilance du Monde en ces instants cruels et se faufiler, allant de porches en corniches, rasant les murs par le crépuscule repeints de gris des vieilles bâtisses du cœur de ville. Mais ces stupides talons plats, ignorant prodigieusement ses sourdes prières, n'en finissent pas de claquer sur le trottoir, égrenant sans scrupule les minutes qui la séparent encore de la maison. Chaque pas réduisant cette distance lui arrache une larme qui se mêle à la pluie, et va dans l'indifférence de celui-ci rejoindre le glacial du pavé.

A cette heure perdue, des volets commencent à se fermer, ici et là. Et brûlent sur ses épaules, frêles, les regards curieux et malsains des habitants qui de leurs étages regardent passer sous leurs fenêtre cette ombre chancelante, improbable. Certains, l'espace d'un infime instant, sentent monter en eux une once de pitié, mais l'endiguent d'un terrifiant réflexe et bien vite se retirent dans la chaleur de leur salon, soupirants, soulagés d'avoir su résister à leur élan. Hors ces rares, ce sont d'acrimonieux regards qui fixent sont bruyant passage, tentent de percer à jour d'une exécrable avidité la réalité de son tourment. N'y tenant pas, elle accélère le rythme de ses pas et cache son visage d'un large chapeau sombre, aidé dans sa mission d'une excessive inclinaison de la tête.

Pendant ce temps, la lumière toujours décline et un homme sous sa gabardine, las mais obstiné et besogneux comme un percheron, défie avec humilité les éléments du haut d'une petite échelle de bois, allumant un à un les lampadaires de la longue rue. Inconscient du drame qui se joue, il n'a pas même aperçu son visage livide, ses cernes de charbon, ses larmes luisantes. Tout à sa tâche, a-t-il seulement entendu le bruit humide de ses talons, l'infâme crissement de l'osier de son panier ?

Elle le dépasse et se décrispe, enfin cachée sous le voile de la nuit levée.

Les rues défilent sous ses petits pas sans sourciller. Elle a ralenti car le pavé est bien trempé maintenant et se dérobe sans prévenir. Mais elle tient bon. Elle maintient son cap d'une main ferme, quoiqu'en disent ses vagues tremblements.

Elle qui depuis si longtemps vivait intensément son présent sans se soucier plus de l'horizon que des fantômes toujours plus nombreux à la pourchasser, fuit ce soir ce même présent qui soudain s'est mis à l'oppresser de son excessive réalité et va se réfugier entre les bras des années passées. Elle se sentait tellement vivante alors, au fil de ces innombrables soirées qui ont vu sa jeunesse et sa troublante beauté triompher des âmes les plus aguerries. Elle se concentre tant qu'elle le peut sur les violons qui alors accompagnaient ses danses, le goût de ces vins dont elle s'enivrait en riant, l'odeur musqué de cet Homme aux visages multiples. Mais le Temps et l'Espace ne se laisse pas si aisément dompter. Et, vexés qu'elle ait si naïvement cherché à les duper, viennent planter juste sous son nez baissé la grande demeure.

Moment d'arrêt. Un oiseau surpris qui se tend, prêt à prendre son envol au moindre mouvement de l'air.

Le souffle raccourci - plus par l'émotion que par sa marche nocturne -, elle décide d'attendre que la lumière, là-haut, s'éteigne enfin et prie le ciel à grand renfort d'yeux plissés de ne pas flancher. Pas maintenant, s'il vous plaît, pas maintenant !

D'interminables minutes s'égrainent. Puis la pénombre remarquées au premier étage. Attendre quelques minutes de plus, par sécurité. Et alors tout se passe, si vite : le panier déposé, la sonnette sollicitée, les pas retirés. Et puis l'attente imbécile, encore, dans l'ombre d'un coin de rue.

Abrégeant son agonie, une lumière jaune à nouveau filtre au travers des contrevents de l'étage. C'est l'exact moment que choisit un cri pour retentir. Un cri rageur, affamé. Et pendant qu'elle s'effondre sur les marches d'un perron anonyme, la lourde porte en chêne s'ouvre puis, après avoir donné à entendre d'étonnés murmures, se referme sur les cris déchirants.

Le silence à nouveau règne, maître, sur la rue languide.


Et la pluie tombe, fine et brumeuse.

11.09.2009

Pourquoi pas ?

J’entame cette note avec quelques rapides excuses concernant l’indisponibilité de ma page ces deniers jour. Une simple précaution temporaire qui finalement n’avait pas lieu d’être...

 

Pour mon « grand retour », n’ayant eu de temps ces derniers jours à accorder à l’écriture, je m’essaie pour une fois à l’exercice du « tag », sous l’impulsion de Jeanne (merci Jeanne). Un peu de changement donc en cette fin de saison !

 

 1 - Plutôt corné ou marque page ?

Longtemps, je me suis refusé, allez savoir pourquoi, à suivre l’une ou l’autre de ces méthodes. Je ne me fiais qu’a mon unique mémoire, retenant de tête le numéro de la page. Puis, l’âge hélas avançant, je me suis récemment résigné à l’utilisation du marque-page (carte postale en format 5cm/15cm ou pas loin) las de relire l’avant-propos des dizaines et des dizaines de fois.

2 - As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Un livre de jardinage bio. Un livre sur les bonzaïs. Pas de littérature, ou alors son souvenir m’échappe.

Cependant si l’on m’en a offert peu, j’adore quant-à-moi faire ce genre de présent… 

3 – Lis-tu dans ton bain ?

J’ai essayé une fois. Je me suis endormi. Le livre s’est noyé, je n’ai rien pu faire…

4 – As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

J’y pense souvent (tout le temps ?!?). Mais le temps n’est pas encore venu. Je ne suis pas encore mûr pour me lancer. Mon écriture non plus, d’ailleurs.

5 – Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

 Qu’elles sont merveilleuses, quand elles ne s’essoufflent pas.

6 – As-tu un livre culte ?

Quelques-uns m’ont certainement marqué. Le journal d’Anna Blum, Vipère au poing, La physique des catastrophes, Le père Goriot (première lecture « sérieuse »), et bien d’autres qui à l’instant même où je les recherche m’échappent.

7 – Rencontrer ou non l’auteur du livre ?

Jamais l’occasion ne s’est présentée. Cependant je n’ai jamais cherché à me créer ce genre d’occasion. Et pour lui dire quoi ?

8 – Aimes-tu parler de tes lectures ?

J’aime en parler, oui (si tant est que j’aime parler…). Cela m’arrive très souvent avec ma petite sœur, qui partage mon l’intérêt pour la lecture, et celui pour l’écriture. Exceptées ces quelques discussions, cela ne se produit que très très rarement.

9 – Comment choisis-tu tes livres ?

J’achète toujours mes livres par lot de trois : le premier livre sera celui d’un auteur que j’affectionne. Le second, je l’acquerrai poussé par un avis extérieur (ami, critique, blog). Le dernier, il faudra qu’il me conquière sur le seul attrait de son titre, original (à titre d’exemple: La physique des catastrophes, La conjuration des imbéciles, Les acrobaties aériennes de Confucius, L’assassinat d’une renoncule). Etrangement, c’est cette dernière catégorie qui statistiquement m’a le moins déçu.

10 – Aimes-tu relire ?

Je ne relis jamais un livre. Il y en a tant et tant à découvrir…

11 – Une lecture inavouable ?

Je les assume toutes ! Sans exception aucune. Même Harry Potter !

12 – Des endroits préférés pour lire ?

Sur mon canapé. Dans mon lit. A l’ombre d’un arbre centenaire, avec une petite brise, quelques volatiles vocalises.

Mes plus petites cousines lisent généralement dans les arbres. Quelle merveilleuse idée. Je ferais de même si j’étais plus souple. Et si j’avais un arbre auquel grimper.

13 – Un livre idéal serait pour toi ?

Moi, ironisant : «  Le mien ? »

Moi, à nouveau sérieux : « Un livre d’une écriture soignée et fluide, qui me surprendrais, à la fois pour l’originalité de son histoire, et pour la pertinence de ses métaphores, associations d’idées. »

14- Lire et manger ?

Grand Dieu non !

15 – Lecture en silence, en musique, peu importe ?

Si je suis seul, j’aime avoir un fond de musique, calme et tranquille.

16 – le Livre te tombe des mains, tu vas quand même jusqu’au bout ?

Je laisse jusqu’à la dernière page une chance à l’auteur de me rallier à sa cause.

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a que deux livres que je n’ai pas réussi à terminer. Les titres m’échappent.

17 L’auteur que tu regrettes de ne pas avoir lu ?

Aucun. D’une part parce que je ne lis jamais pour « avoir lu » et d’autre part parce qu’il n’est jamais trop tard, alors pourquoi regretter ?

18 – Ton livre de chevet tout de suite ?

Les naufragés de l’île Tromelin. Je m’approche des derniers feuillets, et mon avis est largement favorable. Très humain sans être niais. Une écriture fine, et sobre.